Souffrance de la Séparation

Gouache à rehauts d’or sur page d’album à encadrement rouge. Sur une terrasse bordée de végétation luxuriante, une jeune femme fume le hookah, languissante ; une compagne lui masse le pied, tandis qu’une autre l’évente. Au verso, tampon : Kumar Sangram Singh of Hawalgarh.
Rajasthan, Bundi, vers 1780.
Dim. peinture : 20 x 25,3 cm.

Publications :
- J. Soustiel et M. C. David, Miniatures Orientales de l’Inde - 2 -, Exposition Galerie J. Soustiel, Paris, mai-juillet 1974, n°48.
- R. Sigaléa, La Médecine Traditionnelle de l’Inde, Genève, 1995, pl. VIII.
« ... dans un cadre végétal qui évoque la peinture du Douanier Rousseau, la jeune femme confie son pied gauche à une masseuse. Le premier espace interdigital est considéré par les masseurs indiens comme une zone réflexogène de première importance…. La danseuse Madhavanala souffre d’être séparée de son amoureux, le danseur Kamakandala, exilé par un roi jaloux. Le thème de la souffrance dans la séparation a été souvent exprimé par les poètes, par les musiciens et par les peintres indiens,… dans leur Ragamala. ».

Cette peinture est typique d’un style adopté à Bundi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, dit « palette blanche », caractérisé par une pâleur, un contour ombré des visages et le halo de la lune, et influencé par les artistes moghols venus de Delhi ou de Lucknow (W.B. Archer, Indian Painting in Bundi and Kotah, London, 1959). Pour une autre illustration du même thème, voir la célèbre peinture de la collection J. K. Galbraith, publiée d’abord par le collectionneur J. K .Galbraith et M. S. Randhawa, Indian Painting, The Scenes, Themes and Legends, Bombay, 1968, pp. 84-86, fig. 15, peinture qui sera par la suite maintes fois exposée et publiée par S. Cary Welch. Les auteurs Randhawa et Galbraith associent ce sujet aux contes populaires de Mâdhavânalâ et de Kâmakandalâ, écrits en 1583 par Jodh, à la cour d’Akbar, et qui furent souvent illustrés par les artistes du Rajasthan.
Kâmakandalâ, joueur de vina/ luth, avait un pouvoir si fascinant sur les femmes que le Roi le fit exiler suite à la demande pressante des maris de la cour. Dans son exil, il entend parler de Mâdhavânalâ, danseuse virtuose favorite du Raja, qui devait se produire dans une fête à la cour du Raja Kâmsin ; vêtu comme un vagabond, les gardes lui refusent l’entrée du palais. Il suit donc le concert de derrière les grilles ; là, il est le seul à repérer une dissonance dans le concert due à l’un des musiciens ayant un doigt en moins, et il est même capable de préciser quel doigt il lui manquait. Ses propos furent vérifiés et rapportés au Raja, qui, rempli d’admiration, le fit venir à la cour. Kâmakandalâ et Mâdhavânalâ tombèrent immédiatement amoureux et Kâmakandalâ, devant toute l’assistance, tomba aux pieds de la danseuse. Second scandale qui provoqua à nouveau un bannissement….Il s’ensuit plusieurs versions, mais les amoureux purent finalement se réunir.
Vente Pescheteau-Badin 12 déc 2007
Adjugé 51.000 €

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