Les céramiques de Kutahya, une production ottomane

La production de céramique de Kütahya fait partie des trois grandes productions ottomanes.
La première, celle d’Iznik, est la plus spectaculaire, la mieux répertoriée (voir le livre de Julian Raby et N. Atasoy, Iznik, 1989) et la plus longue entre la fin du XVe et le début du XVIIIe siècle. La seconde, de Kütahya, aussi longue que celle d’Iznik mais qu’on retient seulement à partir du XVIIIe siècle, correspond au goût d’une nouvelle classe aisée citadine. Enfin la troisième, celle de Canakale -situé dans le détroit des Dardanelles-, entre la fin du XVIIIe et le XXe siècle, est considérée comme la plus populaire.

Du nom d’une ancienne ville byzantine située en Anatolie centrale à 300 Kilomètres environ d’Istanbul, Kütahya a une tradition céramique très ancienne dès les XIVe et XVe siècles.
Il est difficile de suivre une chronologie cohérente jusqu’au XVIIIe siècle (faute d’archives qui ont été brûlées dans la première moitié du XXe siècle). Nous savons cependant, par des preuves scientifiques récentes, que les tessons analysés sont presque de la même technologie que ceux trouvés à Iznik ; les exemples n’étant pas suffisants pour établir un style différent, les historiens préfèrent regrouper toutes les productions sous le nom générique d’Iznik.
L’apogée de la production de Kütahya coïncide avec la fermeture des ateliers d’Iznik en 1719 et l’émancipation des communautés religieuses chrétiennes, en particulier celle des Arméniens à Kütahya. Les ateliers créent alors un style distinctif caractérisé par une pâte très fine siliceuse, et surtout par une innovation technique d’un jaune citron très lumineux adjoint au bleu de cobalt, au turquoise, au vert, au rouge et au noir, l’usage du violet n’apparaissant qu’après 1740.
Le décor reflète le nouveau style de la cour ottomane marquée par le goût des fleurs, intégré dans un style Rocaille et se mêlant aux motifs issus du répertoire traditionnel commun à d’autres réalisations ottomanes. Il n’échappe pas au perpétuel attrait pour la Chine, manifeste dans l’organisation du décor et des coloris : corps ceinturé d’un galon de part et d’autre, symétrie prépondérante et extrême stylisation de la végétation dans une composition tripartite. Le décor se compose d’écailles, de médaillons de tiges florales achevés de points rouges ou de médaillons flammés et lancéolés alternant avec des tiges foliées ; certaines pièces portent même des marques d’atelier ou de potier rappelant celles d’Europe ou de Chine.
La variété des formes de la production de Kütahya destinée aussi bien aux chrétiens qu’aux musulmans, manifeste l’évolution du style des XVIIIe et XIXe siècles.
Ces céramiques ont une vocation liturgique - carreaux de revêtements, calices, œufs de suspensions, brûle-parfum, gourde- ; certaines datées donnent les repères de l’évolution des styles. Mais il s’agit surtout d’objets à usage domestique et utilitaire tels les aspersoirs, les aiguières, les bols, les assiettes ou coupelles dont celles à café devenu une boisson courante dans le monde entier et dont la mode s’était répandue du Caucase au Midi de la France.
La production du XVIIIe siècle reflète cette époque très cosmopolite, marquée par les échanges internationaux avec la Chine ou l’Europe, et devrait prendre une place dans l’histoire de l’évolution du goût en étant mieux représentée dans les collections.

A la fin du XIXe siècle, la production connaît une reprise avec une nouvelle gamme chromatique en évoquant les décors des siècles passés, mêlés à des motifs contemporains.

Actuellement, la céramique de Kütahya est diffusée dans tous les grands centres touristiques de Turquie.

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