Faiences de Fès

FAIENCES de FES : UNE PRODUCTION MAROCAINE.
Par Marie-Christine David

IMPORTANTE REUNION DE FAÏENCES DE FES. LE 27 AVRIL 2007, ET POUR LA PREMIERE FOIS DANS UNE VENTE PUBLIQUE, AUTANT DE PIECES DE FORME (PLUS DE 150) SERONT PROPOSEES EN UNE SEULE FOIS.

Parallèlement à une fabrication de poterie rurale peinte, le Maroc a produit une céramique émaillée traditionnelle, aux formes et décors spécifiques, distincts de ceux des autres pays islamiques. Elle était fabriquée par des hommes regroupés en corporation, tollaya, sous l’autorité d’un maître, Amine, nommé à vie, chargé de veiller aux traditions de bonne fabrication, dans des ateliers urbains, dans les villes telles que Meknès ou Safi.
Mais c’est à Fès, capitale des Mérinides et des Saadiens qui avait recueilli les artistes, les savants, les Maures et les Mudéjars chassés d’Espagne, que cette industrie fut la plus florissante. Déjà au XIIIe siècle, sous les Almohades, il existait plus de 180 ateliers de céramique, et aux XIVe et XVe siècles, les récits de voyageurs (tels que Ibn Battuta ou Léon l’Africain) et ambassadeurs rapportent l’éclat des céramiques de Fès, observées également sur les plus belles réalisations architecturales avec les zelliges de la mosquée al Karaouine et celle des Andalous à Fès, le minaret de la Koutoubia, ou la mosquée de la kasbah à Marrakech, pour ne citer que les plus célèbres.

Jarres, pots à beurre, plats, albarelles, gargoulettes,
brûle-parfum, encriers, gourdes en faïence polychrome ou à décor dit « bleu et blanc ».
Fès et Safi, XIXeme et première moitié du XXe siècle.
Estimation de l’ensemble : 10 000/ 15 000 euros
(cliquez sur la photo pour la voir en grand)
Quant aux productions mobilières, il ne nous est parvenu que très peu d’exemplaires, ce qui explique pourquoi la faïence de Fès d’avant le XVIIe siècle soit mal connue. Des modèles des XVIIe et XVIIIe siècles sont conservés, dès le XIXe siècle, dans les musées marocains, ou sont rapportés par des voyageurs, artistes ou administrateurs séduits par leur raffinement.

Les potiers possédaient une très grande maîtrise d’exécution : une fois tournées, séchées et cuites, les pièces sont plongées dans un bain de calcine (oxyde de plomb et d’étain), puis décorées par l’application d’oxydes métalliques sur le motif préalablement dessiné en noir ou bleu, et enfin immergées dans un bain d’eau salée qui conférait à l’émail un brillant très lumineux. Une deuxième cuisson était alors nécessaire dans des fours à haute température alimentés de bois de palmier nain qui a la particularité de ne pas dégager une fumée noircissante.

Ces faïences, dont l’originalité se manifeste par la diversité du décor, se divisent en deux groupes : celles à décor dit « bleu et blanc », et celles à décor polychrome (bleu, jaune, vert et brun). La multiplicité et la variété dans les traitements de thèmes identiques, témoignent de l’étonnante imagination et des réels dons artistiques des maîtres faïenciers, qui ne devaient jamais reproduire le même décor. Ces décors font appel à la flore, à la géométrie et à ses multiples jeux de combinaisons d’entrelacs, à l’épigraphie sous l’aspect d’eulogie en coufique, à l’architecture avec des évocations de mihrabs ou d’arcatures.
Les décors évoluent tout au long du XIXe siècle, avec l’apport de motifs ottomans de types floral ou symbolique (œillets, tulipes, palmes, plats aux bateaux), de motifs chinois
(arborescences aux tiges filiformes portant des fleurs et des semis de fleurettes), ou de motifs d’Orient avec le retour de la route des Indes (palmes des châles cachemire).
L’ordonnance de la composition, de style géométrique, divise la surface du plat en cases recevant un décor rayonnant, accentué par la diversité et la richesse des assemblages des éléments, et de la répartition des couleurs.

Les formes aussi sont des plus variées, adaptées aux usages les plus divers : grand plat, ghotar ou tobsil, pour la présentation des mets ; plat conique, mokfia, pour le couscous ; grande et large jarre à couvercle, khabia, pour la conservation des légumes et de la viande ; pot à couvercle, jobbhana, pour le caillage du lait et la conservation du beurre ; bol (zlafa, tarbouche, kas) ; pot à miel, guellouch  ; pot à eau , berrada  ; pichet, ghorraf  ; lampe à l’huile, kandil  ; aspersoir à eau parfumée, encrier, etc. Avec le temps, ces formes vont s’alourdir avec des couleurs très vives et une composition de plus en plus complexe, tout en réinterprétant les thèmes décoratifs traditionnels.
Cette vaisselle, longtemps considérée comme une vaisselle de prestige et transmise de génération en génération (d’où les restaurations métalliques anciennes), pouvait également être louée pour les cérémonies et les fêtes, à l’instar des costumes de mariage.

Faiences de Fès

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